Le Grand-Bornand Versant Durable selon Yannis Nacef

YANNIS NACEF
Etudiant en deuxième année de Master Géosphères (recherche en géographie) à l’Université Savoie Mont Blanc. A notamment travaillé sur les arbres remarquables des Alpes du Nord comme symbolique villageoise et sur la patrimonialisation et la réhabilitation des hameaux abandonnés savoyards.
 



"LA DURABILITE DU VILLAGE MONTAGNARD A PU PRENDRE LA FORME DE CE QUI A REUSSI A PERDURER VOIRE SURTOUT A SE RENOUVELER"
 
 
Le village a longtemps été appréhendé comme un élément intemporel. Alors que ce modèle, reflet de la structuration de l’habitat montagnard semblait durable au cours du siècle dernier, la transformation de la société a profondément remis en cause cet ordre établi. Le village de montagne dans les Alpes du Nord est tout à la fois constitué d’un chef-lieu fréquemment centré autour d’un clocher (P. Vidal de la Blache, 1903)-1 auquel vient s’ajouter une nébuleuse de hameaux (F. Braudel, 1986)-2 qui, pour Albert Demangeon (1927)-3 représente le groupement dans la dispersion. Mais plus largement, ces entités bâties participent à la structuration d’un espace villageois initialement tourné vers la dimension vivrière permettant alors d’assurer les besoins de sa population.

Or, le XXe siècle s’est révélé être une réelle rupture sociale, spatiale ou encore temporelle qui pour bon nombre de villages de montagne a pris la forme de l’exode rural. Ces bouleversements ont par endroit entrainé l’abandon total d’un hameau, ailleurs ce fut le dépérissement de nombreux chefs-lieux. Toutefois, malgré ces ruptures, « le village » a survécu et c’est plus largement sa durabilité qui a réussi, non sans mal, à se maintenir. Cette notion de durabilité qui nous préoccupe peut tout naturellement se définir par ce qui dure. Néanmoins, la durée homogène, parfaite, sans ombre peut s’avérer être utopique. Ainsi, la durabilité du village montagnard a pu prendre la forme de ce qui a réussi à perdurer voire surtout à se renouveler. Alors, il est possible de se demander comment la transformation du village de montagne a permis d’assurer une durabilité renouvelée de ces entités de vie ?

 

  • Village du Grand-Bornand en hiver - © T. Vattard
  • Le village du Grand-Bornand en été avec en toile de fond la chaîne des Aravis - © C. Chabod

En effet, face à l’évolution du modèle de société, le village a nécessairement dû, pour survivre, s’adapter, se transformer pour prendre l’image et la forme que nous connaissons aujourd’hui. Ces transformations s’avèrent être multiples. Tout d’abord, il y a une transformation de l’usage des lieux car l’usage initial dominant, pouvant être qualifié d’originel, centré sur un habitat permanent lié aux travaux de la terre, a totalement disparu, remplacé par un habitat partagé entre le résidentiel permanent, le secondaire, lieu de villégiature et le touristique fortement développé. A cela s’ajoute naturellement une transformation structurelle de la physionomie du village où désormais cohabitent différentes générations de bâtiments n’ayant plus tous la patine burinée de l’âge (R. Macaulay, 1964)-4 et où les piscines, terrasses et autres terrains de tennis ont remplacé les granges, les écuries et les terres agricoles d’autrefois. Ces modifications participent à diffuser une image du village sur le modèle de la villagisation de la Suisse (B. Crettaz, 1993)-5 ou encore du Tyrol autrichien mettant en avant une architecture centrée sur les maisons en pierre et autres chalets en bois, au regard par exemple des communes de Megève ou encore de Bonneval-sur-Arc. Cette évolution de l’image est liée à une transformation profonde, celle des perceptions permises notamment par le renouvellement des générations.

En définitive, Le Grand-Bornand s’inscrit pleinement dans cette transformation du village qui au demeurant participe à faire perdurer cette multitude d’entités villageoises par un renouvellement qui a été, il faut bien l’avouer, l’élément salutaire permettant d’assurer la durabilité du village de montagne.


1 P. Vidal de la Blache, 1903, Tableau de la géographie de la France, Hachette.
2 F. Braudel, 1986, L’identité de la France. Espace et histoire tome 1, Flammarion.
3 A. Demangeon, 1927, « La géographie de l’habitat rural », Annales de Géographie.
4 R. Macaulay, 1964, A note on new ruins, Edition Brian Dillon Londres.
5 B. Crettaz, 1993, La beauté du reste. Confession d’un conservateur de musée sur la perfection et l’enfermement de la Suisse et des Alpes, Edition Zoé.

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